Le tour de l\'Europe en 125

Le tour de l\'Europe en 125

Une journée ordinaire à Ketama

  Samedi 2 mai 2009,

 

  Nous sommes toujours samedi, les casaoui sont partis, je suis donc officiellement l'invité de Mansour, il me demande si je fumes, pour être tranquille je préfère répondre par la négative, il me dit que si je connais des gens qui veulent, il est prêt à faire de la vente directe, c'est plus équitable et plus écolo, tout le monde y gagne tout à fait d'accord. Malheureusement je ne suis pas la bonne personne pour ce genre de choses, mais Mansour respecte mon choix contrairement à ceux de Chefchaouen qui insistaient pour que je reparte avec la grosse cargaison pour "être riche en France", bien sur, et pour ce qui est de se retrouver en tôle en Espagne, ou encore de choper le choléra dans les prisons vétustes marocaines... Chaque année de nombreux Européens inconscients se laissent appâter par l'argent facile, et finissent case Prison au  Beld, pensant que prendre le bateau de Tanger à Algéciras c'est comme de Nice à Calvi...

  En attendant malgré le peu d'intérêt que je représente, Mansour, m'invite à boire le café dans un troquet au bord de la route, je sors de l'argent mais non c'est pour lui, le lieu est bien rempli, que des hommes, notamment "el hadj", personne ne vient m'importuner je suis sous la protection de Mansour, on discute de tout et de rien des nike air aux visas, de la traversée du désert du bon couscous de yéma, et mon cousin m'dis... ; rien  du tout car il est pas là,  je ne m'appelle pas Karim, et pour la question tu kiffes le zetla j'ai déjà répondu... Le hadj se joint à la conversation, il parle espagnol peut être à t il servi à l'époque dans les troupes de Francisco Franco, en effet Franco fut à une époque général de la légion étrangère espagnole cantonnée à Mellila, puis pris le pouvoir en Espagne grâce à cette même légion. Ce soir match de football diffusé dans le café via l'assomoir, le chahut retombe immédiatement, la maxime : "Le football est la femme de l'homme célibataire, et la maîtresse de l'homme marié" se vérifie une fois de plus, je la traduis en espagnol au hadj qui acquiesce en rigolant et en me tapant dans la main.

  Revenons en à nos moutons, mouton qui ne passera la journée vivant, car Mansour honore sa promesse, nous allons à l'étal du boucher ou pendent de ci de là des morceaux, je sors l'argent mais Mansour refuse...

 

  Pour la suite, Mansour, me propose de mettre les bagages dans le coffre de la vieille Merco, et je les suivrai en bécane. Nous quittons la route principale pour un chemin de terre, un moment la Mercedes s'arrête pour laisser passer une bande de jeunes qui remonte le chemin de terre à fond les ballons dans une antique Renault 12, au passage je n'ai toujours pas vu une seule Renault 18 Break blanche.

 

  Je suis donc reçu comme un roi par toute la petite famille dans leur maison au milieu de la cambrousse, avec pour compagnie, Mansour, son associé le conducteur du grand taxi, son beau-frère (le frère de sa femme) le pompiste de tout à l'heure...

  Ma chambre sera pour la nuit, le salon organisé en café maure, et je ne risque pas de m'ennuyer, car les enfants de Mansour Brahim l'ainé, et Farah, la cadette, sont là pour me tenir compagnie.



Brahim adopte de suite la trotinette, moi qui pensait que c'était que pour la ville.




Le casque intrigue beaucoup...



Farah et sa petite soeur,



  Brahim s'essaye à la photographie, ça fait bien rire tout le monde.

  Malgré la barrière de la langue, nous arrivons à communiquer, surtout avec Mansour, c'est assez drôle il parle un peu le français un chouïa d'espagnol, et un autre petit chouïa d'anglais, le taxi et son beau frère ne parlent que l'arabe et le berbère...

  La télé marocaine est allumée, elle diffuse "Minority Report" en VOST Arabe. Mansour doit s'absenter pour ses affaires en ville, il me laisse avec ses enfants, et sa femme qui m'explique qu'un des enfants a mal à la tête à cause de l'eau, je lui donne une boite de Doliprane réservée à cet effet, et lui explique bien que pour un enfant un quart de cachet suffira sinon ça risque d'avoir l'effet inverse.

  J'en profite aussi pour donner mes anciennes affaires d'écolier qui ne me servent plus, et des bibelots que j'avais précieusement gardé dans mon ancien "chez moi" depuis des lustres. Tout cela fera le plus grand bonheur des gosses, qui m'amènent leur cahiers et livres d'école notamment cahier de français, en lisant ça me fait bien rire de voir ce qu'ils apprennent, mais c'est déjà bien ça fait un contact avec l'alphabet latin, et une langue européenne, le plus important restant  l'espagnol la langue des voisins d'en face, et bien sur l'anglais, de ce côté là ils ne se débrouillent pas trop mal grâce à la télé, quand je pose des questions ils me répondent immédiatement "yes", sinon ils ne parlent qu'en berbère, dommage que ma mère ne m'aie pas appris la langue, je reconnais tout de même un mot quand ils voient la photo du chien sur mon appareil "arqjoun" ça me fait sourire...

 

  Madame m'amène à manger, des boulettes de kefta, faites avec la viande achetée plus tôt par Mansour, les enfants me regardent je ne cesse de leur proposer de manger, mais non ils ne peuvent pas désobéir, un exemple pour toutes les chères têtes blondes (et crépues) pourries gâtées effrontées... Pour le moment je ne préfères pas boire l'eau du coin, même si ça la fout un peu mal, le repas terminé j'essaie d'en laisser le moins possible, le chat est aux aguets, et à peine je m'éloigne qu'il s'approche de l'assiette, il lèche la sauce tomate de la kefta, c'est la première fois que je vois ça, j'en reviens pas, le chat mange même un morceau de pain saucé que Brahim lui jette, mort de rire. Les chats que j'ai vu jusqu'à présent ont d'ailleurs une gueule un peu différente des nôtres, leur museau est un peu plus pointu, un peu comme les chats représentés sur les gravures de l'ancienne Egypte.

  Sous nos latitudes, nous avons tous oublié qu'à la base un chat ça sert à chasser les petits nuisibles qui viennent manger le grain, et que si on lui donne à manger, et ben il se fera pas chier à courir après les souris, comme le chat obèse de Monsieur Voisin, le véto de St Gely qui n'avait cure d'une souris vivante déposée dans son panier. A quand le retour aux méthodes naturelles ; des souris dans le grenier ? Enfermez y votre chat quelques jours, et le problème sera réglé sans poison, sans piège où les enfants pourraient mettre leurs petits doigts boudinés...

  Mansour est de retour, il me donne un petit bout de High Kik pour m'amadouer peut être, quelques jours plus tard à Fès, ce petit morceau de crotte sans pretention fera l'effet d'une véritable bombe...

 

 

  Dimanche 3 mai 2009.

 

  La plus petite des deux filles, ouvre la porte du salon, histoire de voir si le Monsieur, est toujours là, un petit dej de roi m'attend, comme un imbécile je fais le difficile et ne goûte pas le fromage blanc fait maison très certainement excellent, mais au moment des faits je ne suis pas fromage blanc... Les enfants refusent toujours de partager avec moi, ça ne se fait pas un point c'est tout.


  Mansour insiste pour que je reste, une journée de plus mais je lui explique que je suis attendu à Fès par Abdelaqh, un Couch surfeur...

  Nous passons une bonne matinée, tous les hommes de la maison ont droit à leur tour de moto dans les chemins environnants, au fond du ravin un vieux Combi Volkswagen celui là il n'ira pas jusqu'à Katmandu, pas de tour pour Farah, malgré mon insistance Mansour refuse, machisme ou méfiance, je dirai plutôt machisme sinon il ne m'aurai pas laissé aller seul avec Brahim, pour ma part j'ai l'opportunité de visiter et de voir la fabrique à Xoco magique, avec la presse, le tube d'aspirine rempli d'huile (tiens peut être une application biocarburant ? Plus du carburant fusée que du fioul lourd), les saves tamponnées aux marques de voitures tout ça tout ça, que Mansour me montre très fièrement, y compris le sac d'engrais de phosphates (Le Maroc est un des plus gros producteurs au monde) pas très écolo tout ça, ça m'amène à me demander si il serait possible de faire du woofing avec cette plante ? Du moment que c'est bio et sans engrais, pourquoi pas ? Les plantes pour ceux que ça intéressent ne sont pas encore sorties, juste des feuilles minuscules apparaissent. Mansour file en ville où je l'y rejoindrait plus tard.



  Séance photo, avec la famille, je suis quand même un peu triste de reprendre la trottinette à Brahim...

 

  Promis une fois rentré en France, je leur enverrai quelque chose, ils l'ont amplement mérité, quel dommage que le fruit du travail de ces braves gens, qui plus est travail de qualité, finisse entre de si mauvaises mains qui vont le retransformer en véritable poison pour la jeunesse.

  Je me souviens d'une anecdote avec le buraliste du quartier Celleneuve à Montpellier où j'ai habité. Je lui avais demandé des bidis, vous savez les petites cigarettes indiennes en feuilles d'Eucalyptus, réponse du commerçant, non je ne vois pas, mais qui sait dans quelques années il y aura une balance là à la place des cartes postales... D'où la question, est ce que ça serai pas mieux comme ça sous monopole et contrôle de l'état au lieu de la situation actuelle ?

 

  J'arrive tant bien que mal avec le peu de puissance que j'ai, à sortir du chemin de terre pour rejoindre la route principale, je rejoins Mansour, nous allons d'abord dans un café où l'on ne sert pas d'alcool mais de l'excellent jus de Banane avec une serveuse sympa, une Fassi (De Fès) qui parle bien le français. On va donc à l'hôtel 4 étoiles, la réceptionniste est tout simplement superbe une Cléopatre des temps modernes, une des plus belles filles depuis le début du trip, quel dommage d'être dans un pays et une région pareille, elle ne doit pas beaucoup sortir trop risqué pour un tel canon même voilé. Je lui demande gentiment si je peux appeler Abdelaqh à Fès, je peux payer avec le peu d'argent marocain qui me reste, sachant que petit rappel je n'ai rien sorti depuis le plein d'hier après midi, mais c'est pas la peine, le coup de fil est offert par la maison. Abdelaqh décroche, me dit qu'il ne sera pas là ce soir, mais que je peux aller chez un ami à lui, ça me paraît un peu trop compliqué j'irai au camping.

  Je picole deux Heineken, et demande à la "bar tender" quelle est la limite légale au Maroc pour boire au volant, je répète trois fois, mais elle ne comprends pas le sens de la question. De son côté le père Mansour refuse de picoler, je lui offre un RED Bull, pudeur devant les employés de l'hôtel tous de la ville, ou religion ? Mansour insiste encore pour que je reste, mais ça va pas le faire pour la suite de l'aventure, je pense toujours être à Stonehenge pour le 21 juin, et au Cap Nord avant la fin de l'été, tout en espérant aller jusqu'à Tarfaya pour peut être embarquer pour les Canaries, heureusement que j'ai pas fumé sinon j'aurai espéré l'Islande, et le ferry qui va de Reijkavik à Terre Neuve au Canada, entre le retour d'Angleterre et la Norvège.

  La note est salée, 70 dirhams UNE BIEEEEEERE (dédicace Spizza 34) et 35 dirhams le Red Bull, j'apprendrai par la suite, que l'alcool immoral dans un royaume chérifien est fortement taxé, c'est peut être pas plus mal... Quand au Red Bull c'est un produit d'importation. Il ne me reste plus que 4 dirhams, pour aller à Fès, arrêt obligé au premier distributeur.

  C'est le moment des adieux, j'offre un kit euros français à Mansour si il veut le changer ça lui payera un peu la nuit, il insiste encore pour que je reste, mais non l'appel de la route est le plus fort...



05/10/2010
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