Le tour de l\'Europe en 125

Le tour de l\'Europe en 125

De Chefchaouen à Al Hoceima

  Samedi 2 mai 2009.

  J'émerge lentement de mon sommeil, et décide de prendre mon temps, je parles avec les voisins, Timéo me tient compagnie, un vrai moulin à parole, pas assez pour me mettre la tête comme une citrouille (plutôt tomate dans mon cas), Halloween est encore loin, et la spécialité locale saoule beaucoup plus qu'un gamin bavard. Une fois la tente pliée, sur le coup des 14 heures je me décide à partir, je n'ai que 200 km à faire ça va prendre deux heures tout au plus...

 Au regard de la route tortueuse, deux heures de trajet semblent bien utopiques, mais pour le moment tout va bien il fait soleil, et il n'y a pas de vent. Route qui au vu de son état général doit dater de la colonisation espagnole, car "au temps béni des colonies", comme dirai Michel (Sardou), le Rif et l'actuel Sahara occidental étaient sous contrôle espagnol, le reste du Maroc sous contrôle français ce qui explique que les gens parlent plus espagnol que français dans cette partie du pays, la télé aidant aussi.

  Tout le long des jeunes qui attendent et font signe "tu veux, tu veux ???", ça en devient pénible à la longue, surtout quand ceux ci sont en voiture, et commencent à me coller au cul en actionnant leur alarme "made in china" pour que je m'arrête "à tout prix". L'avantage de la moto est que je peux passer entre les voitures, et éviter de rester bloquer entre deux dans un village. Harry ne m'avait pas menti.

  En parlant de bagnoles, rappelons qu'au Maroc le salaire minimum est de 200 € le mois, et que le Rif est une zone rurale où peu de personnes ont un emploi stable. Ce qui n'empêche pas au détour des virages de voir entre autres des voitures flambants neuves de marque Européenne bien sur (Chinois ou Indien ça fait pas assez classe), des 4x4 japonais, une Golf III Cabriolet, et de voir à peine plus loin,  une femme en habit traditionnel qui transporte un énorme tas d'herbes pour les moutons sur son dos...
  Les heures passent et je n'ai pas beaucoup avancé, et ça ne risque pas de s'améliorer, car après le vent de côté, la brume se ramène et je ne vois pas à plus de 2 mètres.  Heureusement devant moi un pick up Mazda me sert d'éclaireur, mais je dois quand même rester vigilant par rapport au nids de poule en plein milieu de la route. Au final je me retrouve tout seul, à 20 à l'heure en espérant qu'il n'y ai pas un calu qui déboule (non pas Kaboul) et me rentre dedans tant par devant que par derrière. En effet petit point trafic info, la façon de conduire au Maroc est sensiblement différente de la notre en France, et en Europe (je ne suis pas encore allé en Italie). Les comportements dangereux sont monnaie courante, les usagers de la route ne sont pas prudents du genre des mecs en mobylette qui grillent les feux sans regarder et à fond la caisse, j'en passe et des meilleurs. Je saurais par la suite que s'il arrive quelque chose, c'est que tout est écrit, que c'est le destin, et la volonté de... Vous voyez qui je veux dire.


  Au détour d'un virage la brume fait apparaitre une ville moyenne, il n'y a que des hommes dehors qui sont partout au milieu de la route qui n'est plus goudronnée, avec sur le côté des épaves en train de se faire réparer le moteur gisant sur le "trottoir", je prends conscience que je suis bien dans le tiers monde...

  En continuant ma route, je retrouve un éclaireur, une vielle Renault 21 immatriculée 59, le mec roule à tâtons, apparemment lui aussi n'est pas du coin, au détour d'un virage un semi remorque déboule en face, la 21 à juste le temps de donner un coup de volant, le type a dû avoir la peur de sa vie. Un peu plus loin un papy sur un scooter chinois me rattrape, et me parle en berbère, je ne comprends pas ce qu'il veut et crois à une énième sollicitation pour du hakik, au final je pense qu'il voulait juste taper la discute, la barrière de la langue empêchant...
  J'arrive enfin sur la mythique Ketama, le panneau d'entrée de la ville est bien tagué, vu la région, les visiteurs ne sont pas tous des enfants de chœurs.
Il est 17 heures il y a toujours de la brume, je m'arrête faire le plein d'essence, un jeune s'avance vers moi, me demande d'où je viens où je vais, et me propose de venir dormir chez lui, mais je refuse poliment, il s'en va.
  Un autre homme arrive, il a la quarantaine, s'appelle Mansour et me propose de venir dormir chez lui, je refuse poliment mais commence à réfléchir au fait qu'il m'a fallut trois heures pour faire 100 km et qu'il y a encore 100 kilomètres de plus sur le même type de route, et que la nuit tombe dans deux heures, et tout ça tout ça...
Le seul hôtel de la ville est un quatre étoiles, le guide michelin annonce la chambre à 50 €, et je n'ai plus que 30 dirham (environ 3€), pour finir la journée.


  Un groupe d'une vingtaine de Casaoui (habitants de Casablanca) avec des Goldwings se pointe à la station, les bécanes sont toutes pimpantes et rutilantes,  certaines décorées avec des sortes de guirlandes et autres zizigougou lumineux, un peu comme les camions sud américains genre avec une statue de la vierge en carton pâte et l'inscription "Vaya con dios" sur le haut du pare-brise ou les camions indiens avec leurs innombrables dieux que tous les camions du monde ne suffiraient pas à représenter. J'engage la conversation avec un "Goldwinger"  moi aussi j'ai une honda après tout. Le gars m'explique qu'il y en a pour  15 000 dirhams d'accessoires, sur celle de son pote (la mieux décorée). Au Maroc quand on a de l'argent on aime le dire, quand on en a pas, on jalouse l'autre. Depuis que je suis arrivé tout le monde me demande sans complexe combien coûte la vara, je réaliserai bien plus tard que ce n'est pas une réponse à donner, je l'ai achetée 10 mois de salaire minimum, une somme énorme pour eux ça représenterai 10 000 € ici. Je parle de mon problème au mec de casa,  qui parle à son tour en arabe avec Mansour puis me dit "t'a rien à craindre il va t'inviter chez lui et faire sa pub, ce sont des gens très "accueilleux" de nature".


  J'accepte finalement la proposition de Mansour, qui se plie en quatre pour m'accueillir du mieux qu'il peut.



05/10/2010
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